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Un blog pour partager des émotions littéraires. Je lis, je prends des notes, je donne à lire ce qui me trouble, ce qui m'émeut, ce qui me bouscule.

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chaussure

Les réverbères s'allumèrent. Le halo de l'un d'eux éclaira une flaque d'eau boueuse où traînait une chaussure. Un soulier d'homme au cuir moisi où pendillait encore un lambeau de lacet.
Et le visible se concentra autour de cette pauvre chose, de ce vieux soulier au cuir tout fendillé et écorché. Il béait, ce soulier, gardant encore vaguement la forme du pied qui avait dû longtemps le porter, et l'user. Godasse au rebut qui ne faisait plus la paire avec quoi que ce soit, et ne pouvait plus être utile à qui que ce soit. Mais qui conservait obstinément la marque de son utilité passée. Marcher, envelopper et affermir le pied d'un homme en marche, consolider l'appui du corps sur la terre. Marcher, porter le poids d'un corps, participer au mouvement de ce corps.
Chaussure d'un homme; chaussure qui témoignait encore de la vie d'un homme, du poids d'un homme sur la terre, et de sa marche en ce monde.
Chaussure abandonnée, déjà en voie de pourrissement dans la boue. Se trouvait-il encore quelqu'un dans cette ville et ses faubourgs pour reconnaître ce vieux soulier comme ayant été le sien, ou comme ayant appartenu à quelque proche? C'est que les objets du corps, tout ce qui vêt le corps, finit par devenir un peu une part de ce corps, s'en fait une expression.

Sylvie Germain, La pleurante des rues de Prague 
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