Un blog pour partager des émotions littéraires. Je lis, je prends des notes, je donne à lire ce qui me trouble, ce qui m'émeut, ce qui me bouscule.
L'amour est un mur et la haine aussi. Par exemple un après-midi. La rivière était aussi blanche qu'une rivière de lait dans la lumière éblouissante de l'été. Les fusées au bord des champs de maïs pétaradaient. Et j'avais quatre ans, à moitié nue dans...
L'histoire de nos parents nous est obscure. C'est de cette obscurité que nous venons. Et celle de leurs parents l'était encore plus. Les enfants sont le fruit d'un engendrement continu d'énigmes. Telle est la genèse. Si l'énigme ne vient pas à nous, la...
Je me souviens de Jim et de Lucy. Jim vendait des assurances et Lucy était institutrice. Chaque fois qu'on les voyait, ils nous donnaient une poignée de calendriers de poche en plastique faisant de la réclame pour les assurances. Je me souviens de mon...
à chercher l'âge de l'eau en qui trembles-tu arbre de guerre mangé par l'écorce avance ta phalange dans la terre j'attends comme on attend avec l'hiver que la dernière feuille tombe dans l'espoir que tout revienne comme avant et la chevelure des cadavres...
Je suis là, j'écoute le silence habité des collines, et c'est ma vie aussi comme d'habitude qui ronronne sans mystère au coeur de sa caverne. Ce n'est pas une raison pour médire de la vie. Il y a un verre à ma gauche, le cendrier à ma droite. J'aimerais...
Je changeais de vie. J'allais devenir quelqu'un d'autre que je ne connaissais pas encore, j'allais rire, pleurer, m'instruire, aimer, décevoir les autres, me décevoir, commettre des erreurs, avancer malgré tout, construire quelque chose pour moi, rien...
Nuages, magma de baisers inouïs. Nuages, monotones églises de coton, immenses escargots de neige. Nuages, églises de buée bizarre, célestes ruines d'eau, éléphants aléatoires de l'anesthésie, éléphants légers à la recherche d'un cimetière d'eau maintenant...
Tu ne dors peut-être pas, tu as peut-être laissé libre ma place dans le lit, comme les veuves de Noirmoutier dont le souvenir de leur marin disparu flotte dans la moitié du lit qu'elle n'occupe jamais, paraît-il, comme si le retour impossible des hommes...
Je travaille moins pour écrire plus je dors moins pour écrire plus je lis moins pour écrire plus je m'arnaque à autant écrire je ferais mieux de vendre des oreillers ce serait plus confortable pour la tête ce serait mieux pour les autres qui me disent...
Dans la dimension de l’archaïque, un enfant qui est en soutien de sa mère, en fusion avec elle, ne peut pas être en possession de ses propres bords, de son être séparé, sans se sentir coupable. Au lieu de recevoir d'elle une protection pour persévérer...
Il m'a séduite en me consolant d'une blessure que je croyais disparue. J'ai su plus tard qu'il s'approchait toujours ainsi des femmes. Il cherche la faille, la trouve, l'entrouvre, et fait mine de la colmater. En réalité, il s'engouffre dans la brêche...
Chacun d'entre nous, dès sa naissance, se voit investi d'une mission : la mienne consiste à écouter ma mère, à accueillir l'excédent de son incompréhension et de sa douleur. Les mots, enchaînés l'un à l'autre, dévalent dans les ténèbres, le long d'un...
Alors, pour la première fois, nous nous apercevons que notre langue manque de mots pour exprimer cette insulte : la démolition d'un homme. En un instant, dans une intuition quasi prophétique, la réalité nous apparaît : nous avons touché le fond. Il est...
Car le poète, j'ai coutume de le dire, est avant tout un homme plongé dans l'ordinaire de l'histoire humaine. Cependant, ma poésie n'est pas une poésie de la blessure, ni de la révolte. Elle n'habite pas non plus la désespérance. Elle est une poésie d'initiation....
...puisque même ici il est possible de survivre, nous devons vouloir survivre, pour raconter, pour témoigner ; et pour vivre, il est important de sauver au moins l'ossature, la charpente, la forme de civilisation. Nous sommes des esclaves, certes, privés...
Déjà mon corps n'est plus mon corps. J'ai le ventre enflé, les membres desséchés, le visage bouffi le matin et creusé le soir ; chez certains, la peau est devenue jaune, chez d'autres, grises ; quand nous restons trois au quatre jours sans nous voir,...
I Dans ma cervelle se promène Ainsi qu'en son appartement, Un beau chat, fort, doux et charmant. Quand il miaule, on l'entend à peine, Tant son timbre est tendre et discret ; Mais que sa voix s'apaise ou gronde, Elle est toujours riche et profonde. C'est...
voilà que je parle. bref. rien de nouveau. pas trop se prendre au sérieux. juste essayer de balbutier tant bien que mal. ça reste un petit effort dérisoire. juste enfoncer le clou. et puis choisir une bonne fois pour toutes : parler ou te taire. à moins...
A chaque fois que je voyage m'étreint une très légère angoisse au moment du départ, angoisse parfois teintée d'un doux frisson d'exaltation. Car je sais qu'aux voyages s'associe toujours la possibilité de la mort - ou du sexe (éventualités hautement improbables...
Dans chaque ville où je m'arrêtais je rendais visite à de vieilles connaissances ou tentais de me faire de nouveaux amis. A quelques exceptions près, la plupart me laissèrent un sentiment amer et uniforme : les gens vivaient dans la peur et en fonction...
Je ne comprenais pas pour quelle raison ma mère ne m'avait jamais raconté tout cela : au long des années, des étés, des hivers, toutes les fois où nous étions assis à la table de la cuisine, à manger des moitiés de gâteau et à boire du thé, toutes les...
Je viens pieds nus au monde, pieds nus vers la lumière, pure extension tactile et vulnérable. Le monde s'étire se dilate jusqu'à mes pieds. J'apprends à marcher, les doigts ensommeillés. Ma peau reste endormie, je glisse les talons, à pas de chat sur...
On finit par répondre qu'on est là, faire signe parmi nos absences ne plus fuir la mémoire de certaines failles qui blessent plus que d'autres On finit par s'ouvrir au silence qui revient et ne plus répondre au bruit des pas, ne plus croire qu'on a aimé,...
Vieillirons-nous ensemble au pas de la porte têtes couvertes de branches blanches et de corbeaux oubliés nos plaies confondues sous un soleil pâle mains effilées momies d'un amour qui nous ressemble ton bras à mon bras mon épaule contre la tienne merveille...
Je sais à quoi pense mon grand-père comme si j'avais bu dans son verre. Il se colle au sapin, la résine, chauffée tout le jour, embaume et pénètre ses vêtements, sa peau, son épine dorsale. Il adhère parfaitement au tronc rugueux. Mon grand-père devient...